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ELECTIONS-ETATS-UNIS:
Dennis Ross, le conseiller néo-conservateur de Barack Obama
Analyse de Michael Flynn

GENEVE, 03 novembre (IPS) - La campagne présidentielle 2008 touchant à sa fin, les observateurs politiques commencent maintenant à discuter sérieusement de la composition de l’administration de Barack Obama en cas de victoire probable de ce dernier. En raison de la relative inexpérience d’Obama en matière de politique étrangère, l’attention s’est beaucoup portée sur l’un de ses conseillers en particulier - Dennis Ross, l’ex- envoyé spécial du président Bill Clinton au Proche-Orient dont le passé inclut des campagnes de lobbying pour la guerre en Irak dans le cadre du projet pour le nouveau siècle américain et des services de consultance pour la Washington Institute for Near East Policy, un bastion israélocentriste sur la pensée politique à Washington.


Généralement considéré comme un conseiller modéré tant par les Républicains et que par les Démocrates, Ross, Dennis Ross, ancien spécialiste des affaires soviétiques, aurait dit à des amis et des fonctionnaires étrangers qu'il espère décrocher un très haut poste dans l’administration Obama, un qui couvrirait au moins la politique américaine vis-à-vis de l'Iran si pas l'ensemble du Grand Moyen-Orient.

Mais le passé de Ross en tant que conseiller pour la paix au Proche-Orient pendant les années Clinton, sa proximité de longue date avec les factions politiques belliqueuses et les partisans de la ligne dure d’Israël vis-à-vis de ses voisins arabes font dire à certains qu'il ne serait pas vraiment un choix idéal pour gérer le portefeuille du Moyen-Orient dans une administration Obama.

« Si Obama veut incarner le changement, ce n'est pas seulement un changement par rapport à [George W.] Bush qu'il devra mettre en pratique mais également un changement par rapport à l’administration Clinton », estime un ex-conseiller de Clinton dans un commentaire publié par le magazine Time.

En dépit de quelques succès comme envoyé de Clinton pour l'élaboration des accords entre Israël et ses voisins, le travail de Dennis Ross pour négocier une fin au conflit israélo-palestinien a été un échec. Dans ses écrits, Ross a surtout mis l'accent sur l'intransigeance palestinienne - en particulier de Yasser Arafat - comme étant la cause de l'échec sans pour autant dispenser Israël du blâme.

Dennis Ross a débuté sa carrière politique de haut niveau en travaillant avec Paul Wolfowitz au Pentagone pendant l'administration du président Carter. Wolfowitz - qui est mieux connu pour son rôle militant en faveur de la guerre en Irak après les attaques terroristes du 11 septembre et pour son mandat controversé en tant que chef de la Banque mondiale – a chargé Ross d’écrire un rapport d'évaluation sur les menaces contre les intérêts américains dans le golfe Persique. L’étude datant de 1979 intitulée « Limited Contingency Study » a conclu qu'en dehors de l'Union soviétique, l'une des principales menaces pour la région réside dans le pétrole en Irak.

Dans son livre « Rise of the Vulcans », James Mann écrit que cette étude de Ross est « le premier travail du Pentagone examinant la nécessité pour les États-Unis de défendre le golfe Persique» et jouera un rôle pionnier dans l'évolution militaire américaine politique vers le golfe Persique au cours des prochaines décennies. »

L’association étroite de Dennis Ross avec les politiciens néo-conservateurs s'est approfondie au fil des ans pour devenir particulièrement intense à la suite du 11 septembre. Ross a soutenu l'invasion de l'Irak et, au cours de la campagne présidentielle 2008, il a à plusieurs reprises collaboré avec des écrivains proches de l'American Entreprise Institute (AEI), le lobby néo-conservateur artisan de la ligne dure contre l'Iran.

Ross a également servi de co-animateur du WINEP pour le Groupe de travail présidentiel sur l'avenir des relations US-Israël qui a délivré un rapport 2008 sur le «renforcement du partenariat: comment approfondir la coopération Etats-Unis/Israël face au défi nucléaire iranien ». Le rapport a été signé par un certain nombre d'anciens décideurs politiques démocratiques et républicains ainsi que par plusieurs dirigeants néo-conservateurs, dont l'ancien directeur de la CIA James Woolsey et Vin Weber, ancien député républicain qui a co-fondé le groupe de pression de droite Empower America. Détail piquant, plusieurs autres conseillers de la campagne d’Obama ont également signé le document comme Anthony Lake, Susan Rice et Richard Clarke.

Ross a également contribué à la production de rapport 2008 « Relever le défi: la politique américaine à l'égard du développement nucléaire iranien ». Le principal rédacteur du rapport a été Michael Rubin de l’AEI, un farouche partisan de l'intervention militaire américaine au Moyen-Orient. Ce rapport fait valoir que, contrairement aux assurances fournies par l'Iran, Téhéran vise à développer des armes nucléaires et constitue donc une menace pour les Etats-Unis, pour la sécurité mondiale, pour la stabilité régionale et pour le régime international de non-prolifération. Bref une conclusion qui est contraire au rapport de novembre 2007 de la CIA qui a jugé que l'Iran avait cessé son programme militaire nucléaire.

Parmi les propositions du rapport, il faut noter le renforcement de la présence militaire américaine dans le Golfe persique, la pression sur la Russie pour mettre fin à l'aide militaire et si les États-Unis décide de tenir des négociations directes avec Téhéran sans insister sur le fait que ce pays doit d'abord cesser ses activités d'enrichissement, respecter des délais et des mesures de plus en plus sévères conduisant finalement à des frappes militaires sur l’Iran de la part des États-Unis. « Ce rapport est une feuille de route pour la guerre », estime Jim Lobe de l’agence Inter Press Service. « En d'autres termes, si Téhéran n’est finalement pas prête à renoncer définitivement à son programme d’enrichissement de l'uranium sur son propre sol - une proposition qui sera certainement rejetée ab initio par l’Iran - la guerre est inévitable et toutes les étapes intermédiaires, y compris les négociations directes si le nouveau président décide de les poursuivre, serviront à faire grimper la tension ».

(FIN/IPS/2008)

Crédit Photo : Dennis Ross (wikipedia)