ELECTIONS-IRAN: «Le ministère de l’Intérieur avait informé Moussavi qu'il avait gagné »
Omid Memarian SAN FRANCISCO, 14 juin (IPS) - Le candidat présidentiel iranien Mir Hossein Moussavi a reçu vendredi soir
un avis du ministère iranien de l'Intérieur lui précisant qu'il avait
remporté les élections mais qu'il ne pouvait encore rien divulgué. C’est ce
qu’affirme le réalisateur iranien Mohsen Makhmalbaf qui vit à Paris et qui
agit en tant que porte-parole de Moussavi à l'étranger.
« Hier soir (vendredi), des fonctionnaires du ministère iranien de
l'Intérieur ont fait savoir à Moussavi et à son équipe qu'ils avaient
remporté les élections mais qu'ils ne pouvaient pas encore l’annoncer
publiquement. C’est la raison pour laquelle l’équipe de campagne de Moussavi
avait déjà commencé les préparatifs pour organiser la fête publique ce
dimanche », explique le réalisateur Mohsen Makhmalbaf. « »
Peu de temps après, c’était la désillusion pour Moussavi. Selon les données
officielles des Affaires intérieures, le Président sortant Mahmoud
Ahmadinejad a remporté 62,6 % des voix face au candidat réformiste Mir
Hossein Moussavi qui n’obtient que 33,7 %.
« L’annonce officielle des résultats de la dixième élection présidentielle
iranienne est vraiment choquante », a réagit Moussavi. Immédiatement des
émeutes ont éclatées en dépit de l’appel de Moussavi à ne pas faire usage de
la violence.
Irrégularités
Le week-end avant l'élection Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi, un
autre candidat modéré, avaient envoyé une lettre à l'ayatollah Ahmad
Jannati, Président du Conseil iranien des Gardiens. Les candidats
indiquaient dans leur lettre, entre autres, de grandes irrégularités dans
les chiffres officiels relatifs au nombre de bulletins imprimés.
Selon Moussavi et Karroubi, seul un petit nombre de leurs représentants
était autorisé à assister au dépouillement dans les bureaux de vote. La loi
iranienne prévoit pourtant que chaque candidat peut avoir dans chaque bureau
électoral son représentant.
Vingt-quatre heures avant les élections, le ministère des Communications a
mis fin aux envois des SMS dans le pays. Beaucoup de jeunes iraniens
utilisent leurs téléphones portables pour envoyer des messages sur la
campagne électorale. Les représentants des candidats dans les
circonscriptions électorales souhaitaient également envoyer leurs propres
recensements par SMS.
Le gouvernement iranien a également fermé les sites internet des partisans
de candidats modérés à la présidence.
Manipulation
« La façon dont les résultats ont été publiés montre que les votes ont été
manipulés en faveur d’un candidat », écrit Ataollah Mohajerani, ministre de
la Culture de l'ancien président Khatami, sur son blog.
« Les partisans de candidats réformistes ont été cloués au sol quand ils ont
entendu que le Président Ahmadinejad avait recueilli environ des deux tiers
des suffrages », affirme le journaliste Reese Erlich, auteur du livre The
Iran Agenda : The Real Story of US Policy and the Middle East Crisis. «
Beaucoup de personnes pensent qu’il y a eu des manipulations électorales
mais les détails de cette manœuvre semblent avoir disparus. »
« Avec ces élections, nous disons adieu à la démocratie et aux droits de
l'Homme», commente Asieh Amini, militante des droits humains à Téhéran. « Je
ne crois pas qu’un Président soit suffisamment fort pour dynamiser la
société civile et défendre les droits des femmes en Iran, mais je suis sûr
que la situation actuelle rend les choses encore plus difficile pour nous. »