EDUCATION-PALESTINE OMD2: L’épreuve des colons pour les enfants palestiniens
Mel Frykberg AT TUWANI, 24 novembre (IPS) - Pour beaucoup d'enfants palestiniens le chemin de l'école s’avère chaque jour
être une dure épreuve. Les enfants doivent longer les colonies israéliennes
illégales omniprésentes en Cisjordanie tout en se faisant souvent harcelés par
les occupants de ces colonies. La semaine dernière, une volontaire italienne a
été témoin du harcèlement contre les familles palestiniennes.
"Aller à l'école est vraiment effrayant. On ne sait jamais quand les colons
vont nous attaquer et nous battre", déclare la petite Rima Ali Tuba issue
d’un village de la Cisjordanie à deux heures de route de Jérusalem. "Nous
devons toujours voir s’il n’y a pas de colons et en cas de présence, nous
nous devons rapidement courir à pieds", ajoute-t-elle.
Rima a une cicatrice sous les yeux, elle se rappelle avoir été poussée par
un colon qui l’a fait tomber à terre occasionnant ainsi cette blessure.
Tout pour les colons
Des centaines d'enfants palestiniens de Tuba et des villages environnants
traversent chaque jour un terrain hostile sur le chemin de l'école qui se
trouve dans la petite localité d’At Tuwani. Sur une colline au-dessus d’At
Tuwani se trouve la colonie Ma'on et l’avant-poste de Havot Ma'on. Ma'on est
une implantation illégale selon les normes internationales car la colonie a
été construite sur un territoire occupé. Havot Ma'on est illégal même pour
le gouvernement israélien.
La seule façon pour les Palestiniens d’At Tuwani de rejoindre d’autres
villes palestiniennes avoisinantes ainsi que la ville palestinienne de Yatta
est d'utiliser des petits chemins non asphaltés, formant un grand arc de
cercle autour du campement tout en évitant la route principale. La route
principale ne peut être utilisée que par les colons Israéliens.
Partout en Cisjordanie, les colons israéliens font tout pour rendre la vie
impossible à leurs voisins palestiniens. Ils pillent les champs, brûlent les
maisons, coupent les arbres, empoisonnent et tuent les animaux. Les attaques
contre les civils palestiniens ne sont pas non plus inhabituelles.
Habituellement, les forces de sécurité israéliennes détournent le regard au
lieu d’empêcher les exactions envers les Palestiniens.
Escortes
Les attaques contre des écoliers palestiniens ont provoqué la mise sur pied
d’une équipe de volontaires internationaux rattachée à la Christian
Peacemaker Teams (CPT) pour accompagner les enfants. Même l'armée
israélienne organise, à divers endroits, des escortes quotidiennes. Mais les
enfants qui se plaignent que l’accompagnateur est souvent peu fiable.
Certains soldats se comportent eux-mêmes de manière très hostile envers les
enfants palestiniens.
Le nombre et l'intensité des attaques ont été réduits par rapport aux années
précédentes mais les colons n’ont pas encore enterré la hache de guerre. La
semaine dernière, ils ont attaqué un couple de jeunes palestiniens
accompagnés de trois petits enfants. La famille a pu s'échapper mais l'un
des deux accompagnateurs de la CPT, une volontaire italienne du nom de Laura
Ciaghi, a été jeté au sol et battue à coups de pied par les colons.
La police israélienne a été appelée mais elle n’a pas jugé utile de mener
une enquête approfondie. Selon le groupe israélien de défense des droits
humains Yesh Din, la police et les tribunaux classent généralement sans
suite ce genre d’affaires. Parmi les cas qui suivent la procédure, seulement
moins de 10 % aboutissent effectivement à une condamnation. Par contre, les
attaques palestiniennes contre des colons israéliens bénéficient d’un examen
approfondi systématique, d’après Yesh Din.
(FIN/IPS/2009)
Photo : Des enfants palestiniens en attente d'une escorte militaire près
d'At Tuwani. (Copyright: Mel Frykberg / IPS)