DÉSARMEMENT-JAPON/ETATS-UNIS: Le Japon soutient la réforme de la politique nucléaire américaine
Jamshed Baruah* BERLIN, 19 mars (IPS) - Les parlementaires et militants japonais nourrissent de grands espoirs à
propos de l’issue des débats controversés concernant la réforme de la
politique nucléaire américaine (US Nuclear Posture Review ou NPR) à laquelle
le gouvernement du Président Barack Obama serait en train d’apporter les
dernières modifications. Mandaté par le Congrès américain, cette importante
réforme donnera le ton et l'orientation de la politique des États-Unis en
matière d'armes nucléaires pour les cinq à dix prochaines années.
La réforme en cours de la politique nucléaire américaine représente le
premier changement d’attitude en près de deux décennies depuis la fin de la
guerre froide. Les gouvernements précédents de Bill Clinton et George W.
Bush ont achevé leurs politiques en la matière en 1994 et en 2001
respectivement.
Le Japon étant le seul pays au monde à avoir subi des bombardements
nucléaires sur ses villes de Hiroshima et Nagasaki en 1945, c’est donc avec
une certaine impatience que le pays examine la nouvelle orientation et la
mission des forces nucléaires américaines en particulier dans le contexte
des récentes provocations atomiques en provenance du régime communiste en
Corée du Nord.
Dans une interview réalisée par e-mail depuis Tokyo, l’ancien vice-ministre
japonais des Affaires étrangères, Masayoshi Hamada, a déclaré à l’agence IPS
que "la possibilité pour le Japon de s'impliquer pleinement dans le
désarmement nucléaire semble se présenter juste devant nous."
Hamada, qui siège pour le parti d’opposition New Komei à la Chambre des
Conseillers est l'un des 204 membres des deux chambres du parlement japonais
(Diète), qui a souscrit à une récente lettre adressée au Président Obama, au
secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères) américain Hillary
Clinton, au ministre américain de la Défense Robert Gates ainsi qu’aux
membres du Congrès américain. Cette lettre milite pour la révision des
pourparlers sur la limitation des armes stratégiques (START) entre les
États-Unis et la Russie et appelle à la réduction du nombre d'armes
nucléaires.
La lettre fait suite à une autre correspondance envoyée par le ministre
japonais des Affaires étrangères Katsuya Okada à l’attention d’Hillary
Clinton en décembre 2009. Dans sa lettre, le ministre Okada prend ses
distances avec la politique de soutien nucléaire de ses prédécesseurs et
exprime sa crainte que certains responsables japonais ont pu faire pression
sur les Etats-Unis pour maintenir son arsenal nucléaire actuel, une position
"qui est clairement en contradiction avec mon point-de-vue qui est plutôt en
faveur d’un désarmement nucléaire". Dans sa lettre, Okada appuie également
l’idée de limiter l’usage des armes nucléaires à la dissuasion ainsi qu’une
interdiction d’usage des armes nucléaires contre les Etats membres du Traité
de non prolifération qui ne sont pas dotés d’armes nucléaires.
Les parlementaires japonais pointent du doigt une série d'événements à venir
dont un sommet sur la sécurité nucléaire qui se tiendra à Washington en
avril ainsi qu’une conférence sur la non-prolifération nucléaire le mois
suivant à New York.
Beaucoup se demandent si la lettre des membres de la Diète japonaise aura un
quelconque impact sur la nouvelle politique nucléaire de l'administration
Obama ou sur l’attitude du Congrès américain étant donné que seulement 204
des 700 députés japonais ont signé la lettre en question.
"Le chiffre de 204 députés ne signifie pas que les autres parlementaires
sont automatiquement opposés à la lettre ou étaient réticents à le signer",
explique Akira Kawasaki, membre du comité exécutif de l’organisation
mondiale Peace Boat basée au Japon et conseiller à la coopération australo-
japonaise au sein de la Commission internationale sur la non-prolifération
et le désarmement. "Si les initiateurs du mouvement avaient été plus
proactives, tous les membres de la Diète japonaise auraient signés cette
lettre", estime-t-il.
"Les membres du Parti communiste japonais n'ont pas signé la lettre parce
qu'ils ont trouvé qu'elle était trop modeste et qu’elle ne favorisait pas
assez la considération de nouvelles mesures en faveur du désarmement",
rappelle Kawasaki.
Hans M. Kristensen, directeur du Nuclear Information Project à la fédération
des scientifiques américains, estime que "la lettre des parlementaires, en
plus des déclarations du gouvernement japonais, joue un rôle important dans
ce débat en transmettant l’idée haut et fort que le plus important allié des
Américains dans le Pacifique ne s'oppose pas à la politique de désarmement
nucléaire du gouvernement Obama, soutient non seulement la réduction des
armes nucléaires mais aussi la réduction des missions que ces armes ont."
D’après Kristensen, la nouvelle politique nucléaire américaine permettra de
réaffirmer l’engagement des Etats-Unis en matière de dissuasion nucléaire
tant que le Pacifique qu’ailleurs dans le monde tout en ayant le soutien du
Japon dans sa politique de réduction du nombre et des missions des armes
nucléaires.
Interrogé sur ce qu'il pensait de l'idée présente au sein d’une certaine
élite politique japonaise qui craint que la politique de non usage en
premier (no first use) ainsi que les éventuelles déclarations des Etats-Unis
en matière de désarmement exposerait le Japon à la menace nucléaire chinoise
et éventuellement nord-coréenne, Gregory Kulacki, analyste et manager en
Chine pour la firme américaine Union of Concerned Scientists confirme qu’ils
ont mené une enquête approfondie en la matière.
"Bien qu'il existe des inquiétudes parmi certains experts en sécurité
nucléaire au sein du ministère des Affaires étrangères et au sein du
ministère de la Défense (à Tokyo) au sujet des changements significatifs de
la politique américaine, il n'y a pratiquement aucune chance que ces
préoccupations puissent avoir un quelconque impact sur l’attitude et le
soutien fermes de l’élite politique japonaise au traité de non prolifération
et au désarmement nucléaire général". Par ailleurs, "le gouvernement
japonais a fortement appuyé les recommandations de l’ICNND pour une
déclaration immédiate des États-Unis précisant que le seul but des armes
nucléaires américaines était de décourager et, en dernier ressort, de
répondre à l'utilisation d'armes nucléaires par un autre pays."
(FIN/IPS/2010)
* Cet article fait partie d'un projet commun IPS-Soka Gakkai International
(SGI) sur l'abolition du nucléaire. L'auteur est correspondant d'IDN-
InDepthNews, un service spécialisé sur les questions de désarmement
nucléaire et sur le Japon.