MEDIA-DROITS: Les journalistes sont de plus en plus menacés
A. D. McKenzie PARIS, 26 mars (IPS) - En 2009, pas moins de 77 journalistes ont perdu la vie dans l'exercice de leur fonction, indique un rapport de l'UNESCO, l'agence culturelle de l'Organisation des Nations Unies. C’est surtout l'impunité pour les auteurs de crimes qui semble poser problème et doit nécessite une prise en main afin d’inverser la tendance.
L'UNESCO condamne ces meurtres et affirme que les gouvernements devraient faire davantage pour les éviter et les invitent plus particulièrement à traduire systématiquement les coupables en justice. L'impunité des personnes qui s’en prennent aux médias est considérée comme par l'agence de l'ONU comme une menace "sérieuse" à la liberté d'expression.
Trente et un jours
Les Philippines détiennent un triste record pour 2009 avec 34 journalistes tués. 30 d'entre eux ont été tués en un seul jour, au cours d'une embuscade commis le 23 novembre. Bien que les zones de conflit comme la Somalie, l'Irak et l'Afghanistan figurent également sur la liste, bon nombre de journalistes sont tués dans les zones où il n’y a pas de conflit armé. Ils sont tués pour empêcher que l'information circule publiquement au sujet d’un trafic de drogue, de violations des droits de l'Homme ou une affaire de corruption, indique le rapport.
En Russie, par exemple, l'an dernier, cinq journalistes ont été tués parce qu’ils menaient des enquêtes sur les réseaux de criminalité et de corruption. Selon Vincent Brossel de l’organisation Reporters Sans Frontières (RSF), il existe trop peu de coordination entre les diverses organisations militant pour la protection des journalistes. «Nous voulons mettre au jour les situations les plus graves. Il reste beaucoup à faire. Les gouvernements devraient créer des conditions dans lesquelles les employés des médias peuvent librement exercer leur travail, surtout dans certains pays où la violence apparaît particulièrement en période électorale."
RSF a collaboré avec l'UNESCO pour l’élaboration d’un manuel pour les journalistes de terrain. L’ONG loue également des gilets pare-balles pour les correspondants de guerre et organise une formation avec l'aide de l'armée française.
Conséquences
Mais, selon le correspondant de guerre néerlandais Arnold Karskens des mesures supplémentaires sont nécessaires pour mettre fin à l’impunité des auteurs. « La seule vraie protection serait que les autorités montrent clairement les conséquences à toute personne qui tue un journaliste. Dans certains pays, les militants savent bien qu’ils ont carte blanche pour tuer les journalistes qui sont en désaccord avec leur point de vue ou avec un certain parti politique. Les autorités devraient leur faire savoir les graves conséquences de leurs actes."
Selon Karskens, tout meurtre d’un journaliste devrait être publiquement suivi et les auteurs devraient être traduits en justice. "Si ils veulent vous tuer, ils vont faire. Mais ils ne devraient pas s’en tirer facilement », estime le correspondant.
Cette année, il y a déjà six journalistes qui ont été tués tandis que d’autres sont toujours menacés de mort. Les chiffres publiés par RSF depuis le début de l'année indiquent qu’au total 120 blogueurs et 178 journalistes ont été arrêtés en 2010 jusqu’à ce jour. Sans donner les noms, l'UNESCO a rappelé aux États Membres qu’ils ont signé la Déclaration de Medellín en 2007. Dans ce texte, il est dit que «la liberté de presse n’est seulement possible que lorsque les membres de la presse peuvent librement travailler sans intimidation, sans pression et sans chantage ». La Déclaration stipule aussi qu’il est de «leurs obligations de prévenir les crimes contre les journalistes, d’enquêter sur ces crimes et de punir les auteurs».