GUERRE-AFGHANISTAN: La population de Kandahar préfère la négociation à l’offensive
Gareth Porter WASHINGTON, 19 avril (IPS) - 94 % des personnes vivant dans la province afghane de Kandahar préfèrent la négociation avec les talibans plutôt qu’une grande offensive contre ces combattants islamistes. C’est ce qui ressort d’un sondage commandé par l'armée américaine. Ces résultats remettent en question le projet d’opérations militaires prévu pour juin à Kandahar.
La recherche a été réalisée en décembre dernier par la société américaine Glevum Associates mais les résultats n'ont été publiés que le vendredi 16 avril. Les personnes interrogées dans le cadre de la recherche habitent dans et autour de la ville de Kandahar ainsi que dans certaines parties de la province qui ne sont pas contrôlées par les talibans.
Nouvelle stratégie
L'armée américaine et l'OTAN planifient en ce moment une offensive majeure à Kandahar pour expulser les talibans des villes et des villages afin de donner du temps aux autorités officielles locales pour rétablir leur pouvoir. L'approche a été testée en mars dernier à Marjah, une ville dans la province de Helmand. Pour réussir cette nouvelle stratégie, les États-Unis ont prévu d'envoyer 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan.
Début avril, les chefs tribaux des environs de Kandahar ont rapidement fait savoir au Président Hamid Karzaï qu'ils n’étaient pas acquis à l’idée d’une offensive militaire telle que prévue. Les résultats de l'enquête sous-tendent même de la résistance au sein de la population. Pas moins de 85 % des répondants ont décrit les talibans comme étant "nos frères afghans". Neuf répondants sur dix se prononcent en faveur d'une "Jirga", une assemblée générale de tous les dirigeants locaux, afin de mettre fin au conflit. Hamid Karzaï propose également l’organisation d’une conférence de paix à laquelle participeront les talibans.
Négociations passées
L'armée américaine ne serait disposée à parler que dans un an avec les talibans après qu'ils auront pu les affaiblir durablement. Le Président américain Barack Obama semble sensible aux souhaits de la population de Kandahar pour commencer les négociations à un rythme beaucoup plus rapide mais son ministre des Affaires étrangères Hillary Clinton ainsi que son ministre de la Défense Robert Gates préféreraient s’en tenir à la stratégie du général Stanley A. McChrystal, commandant des forces américaines en Afghanistan.
Les talibans ont déjà indiqué qu'ils étaient disposés à négocier. Deux chefs talibans ont récemment déclaré au journal britannique Sunday Times que le chef des talibans, le mollah Omar, était prêt pour entamer des pourparlers "honnêtes et sincères".
Selon l'enquête de Glevum de nombreuses personnes à Kandahar estiment que les points de contrôle et les véhicules de l'armée afghane ou de la police afghane posent une menace plus grande pour les habitants que les bombes ou les points de contrôle des talibans.
Corruption
L'étude confirme également les soupçons de l'armée US qui pensent que c’est surtout la mauvaise gestion des potentats locaux qui pousse les habitants de Kandahar dans les bras des talibans. 84 % des personnes interrogées considèrent que la corruption est la principale cause du conflit en Afghanistan et deux tiers estiment que la corruption au sein des autorités pousse les gens à demander de l’aide "ailleurs". C'est un constat assez malheureux pour le Président Karzaï dont le propre frère, Ahmed Wali Karzaï, est un chef de guerre majeur et se trouve actuellement à la tête du conseil provincial de Kandahar.