SANTE-NICARAGUA: "Le Nicaragua ment sur son taux de mortalité maternelle"
José Adán Silva MANAGUA, 19 avril (IPS) - Le Nicaragua, l'un des pays les plus pauvres d’Amérique latine, déclare que le
taux de mortalité maternelle au cours des dernières années a considérablement
été réduit. Mais les organisations non gouvernementales mettent en doute les
chiffres publiés par les autorités officielles.
En 2006, une année avant le retour de Daniel Ortega, le Président de gauche,
au pouvoir, pas moins de 140 femmes enceintes par 100.000 naissances
mourraient lors des accouchements. L'année dernière, ce chiffre aurait chuté
drastiquement pour atteindre les 90 et cette année ce chiffre descendrait
même jusqu’à 70 cas, selon le ministère de la Santé.
Cette baisse record serait la conséquence de l’envoi de personnel médical
qualifié dans les régions éloignées du pays ainsi que de la création de 72 «
maisons de la mère », soit des centres de santé pour les femmes. Le
Nicaragua a déjà fait savoir qu’il a l’ambition de faire descendre le taux
de mortalité maternelle jusqu’à 27 cas par 100.000 naissances d’ici 2015.
Mais l'enquêteur indépendant Francis Bustos estime que ces chiffres
officiels sont « difficile à croire ». Il souligne le contraste frappant
entre les chiffres annoncés et les statistiques de l'Organisation mondiale
de la Santé qui chiffre le taux de mortalité maternelle au Nicaragua pour
l'année dernière à 170 pour 100.000 naissances. Juanita Jiménez de l'ONG
Movimiento Autonomo Mujeres ne croît pas non plus aux chiffres officiels.
"Depuis qu’ils ont retiré l’information du site officiel du ministère et que
les chiffres réels sont gardés comme un secret d’Etat, l’information
officielle a perdu toute crédibilité.
Selon Jiménez, le gouvernement du Nicaragua a essayé de contrecarrer les
avis critiques au niveau international par rapport à sa législation sur
l’avortement. Au Nicaragua, depuis 2006, l'avortement est devenu interdit
dans tous les cas même lorsque la vie de la mère est en danger.
Selon Fátima Millon du Réseau d’Amérique centrale des femmes contre la
violence, le gouvernement du Nicaragua a l'habitude de manipuler les
chiffres. Elle souligne aussi que l’organisation internationale de défense
des droits de l'Homme, Human Rights Watch, a estimé que le nombre de femmes
enceintes décédées au Nicaragua était supérieur à 170 pour 100.000
naissances.