CULTURE-AFRIQUE DU SUD: Les sorciers peuvent-ils sauver l’équipe sud-africaine pendant la Coupe du monde?
Bert De Vriese BRUXELLES, 25 mai (IPS) - Pendant des années, les équipes africaines de football ont fait appel à la
magie et aux sorciers pour obtenir de l'aide ou pour déstabiliser
l'adversaire. Cette année, le rôle de ces magiciens sera encore plus
important dans le cadre de la première Coupe du monde organisé sur le
continent africain parce que leur magie ne fonctionne que sur le sol
africain. A noter que même les équipes occidentales font également appel à
la superstition et aux rites pour augmenter leurs chances de réussite.
La magie est une grosse affaire dans le football africain. Pour les
événements importants, on fait souvent appel aux services d’un sorcier ou
d’un conseiller spirituel qui utilisera la magie noire ou l’invocation des
aïeux ou des dieux pour jeter un sort sur l’adversaire. Ce service se
réalise généralement moyennant une forte somme d’argent. Ainsi des objets
sont souvent enterrés sous la pelouse où le match va se jouer. Si un
adversaire passe sur l’objet magique, il y perdrait son équilibre, sa
puissance ou son contrôle du ballon.
Certains sorciers utilisent même le sang des animaux, des jus et des
feuilles, ou scandant des phrases magiques lors d'un match. Au cas où
l'adversaire gagne la rencontre malgré tout, cela signifiera qu’il a eu
recours à des forces plus importantes que l’équipe perdante.
Noix de coco
L’anthropologue Arnold Pannenborg a enquêté en 2008 sur le football africain
et la superstition. Il a noté que la forme la plus forte de magie dans le
football consiste à faire appel à Mami Wata, une divinité aquatique qui
protège le goal et empêche les ballons d’y pénétrer. « Pour lutter contre
cela, vous devez jeter une noix de coco sur le terrain", explique
Pannenborg, « parce que c'est l'aliment préféré de Mami Wata ».
La fédération du football africain (CAF) estime que la magie noire dépeint
une mauvaise image du sport et tente de contrer cette pratique. Ainsi,
plusieurs équipes ont déjà été punies parce qu'elles utilisent une formule
magique ou tente de contrer la magie. Des supporters de clubs camerounais
doivent régulièrement faire face à des amendes parce qu'ils franchissent la
clôture avec des objets magiques dans le but de les enterrer sur le terrain.
Au cours de la Coupe d'Afrique des Nations en 2002, l'entraîneur des
gardiens du Cameroun a même été arrêté au moment il aurait été en train
d’installer selon la police une amulette sur le terrain.
Avec la Coupe du monde 2010, la FIFA se penche également sur la magie et les
sorciers d’Afrique du Sud. On connaît peu sur la médecine traditionnelle
africaine et sur les remèdes magiques confectionnés par des médecins locaux.
La médecine traditionnelle africaine utilise de nombreuses plantes inconnues
et la FIFA craint que les potions magiques des sorciers puissent tomber sur
le coup de la législation antidopage européenne ou américaine ouvrant ainsi
la voie à des litiges judiciaires.
Selon Mutoko Muteba, Président de l’association qui organise le Soulier
d'Ebène, la magie est surtout devenue un divertissement dans le football
africain. "Il y a quinze ans, les joueurs d’ici y croyaient encore mais
maintenant c’est un pur divertissement », dit-il. La magie ne peut pas être
interdite dans le football « parce qu'elle fait partie de la tradition
africaine ».Muteba ne croit pas que les sorciers utilisent des produits
illicites pour fabriquer leurs potions.
Superstition dans le football européen
« Il n’a pas seulement les équipes africaines qui utilisent la magie pour
arriver à leurs propres fins », précise Muteba. Des joueurs européens
utilisent également depuis longtemps des rituels et des superstitions pour
augmenter leur chance lors d'un match.
Lorsque l’équipe de première division belge Racing Genk n’arrivait pas à
gagner des matchs à domicile, il a été fait appel au prêtre de Genk Don
Angelo pour chasser le diable du stade. Raymond Domenech, le sélectionneur
de l'équipe de France, a également avoué avoir fait usage de l'astrologie.
Il a fait sa sélection pour la Coupe du Monde de 2006 sur base de la
constellation et des signes astrologiques des joueurs. Il ne voulait pas de
scorpion dans son équipe parce qu’il avait peur que ce joueur ruine l’équipe
française.
Le célèbre zoologiste Desmond Morris a publié un livre au milieu des années
nonante sur la superstition dans le football européen. Il y définit divers
rituels comme les baisers sur les poteaux de but, la pointe des chaussures
frottée avec du whisky, faire toucher trois fois la balle sur le mur dans le
tunnel des joueurs ou ne pas sortir en dernier sur le terrain. Certains
rituels peuvent paraître bizarres mais ils renforcent la confiance du joueur
et donc sa motivation, estime Morris. C’est ainsi que la superstition ne
disparaîtra jamais de ce sport.