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DROITS-AFRIQUE:
Etat des lieux des prisons africaines
Miriam Mannak

LE CAP, 18 septembre (IPS) - Surpopulation chronique, manque de sécurité, des conditions de vie insalubres, manque de ressources et actes de violence récurrents, les prisons africaines font face aux mêmes problèmes rencontrées ailleurs dans le monde. Un nouveau livre fait le point sur la situation des droits de l’Homme dans les prisons du continent africain.


« Les prisons asiatiques sont en général plus surpeuplées et la violence dans les prisons d'Amérique latine est beaucoup plus grave et plus répandue que dans les établissements pénitentiaires en Afrique. Mais globalement, les prisons africaines vont face aux mêmes problèmes que le reste du monde », explique Jeremy Sarkin, président du Comité pour les droits de l’Homme en Afrique du Sud durant les années 90 et auteur d'un nouveau livre sur les « Droits de l'Homme dans les prisons d'Afrique ».

L’ouvrage tord le coup à certains préjugés. Ainsi, alors que les prisons africaines sont souvent critiquées en raison du prétendu grand nombre de détenues femmes, il faut noter qu’en matière d’incarcération féminine, le continent africain se classe tout en bas de la liste. « En moyenne, les femmes représentent entre 4 ou 5 % de la population totale des prisons africaines », rapporte Jeremy Sarkin. « Dans plusieurs pays d'Europe centrale ou en Asie, les femmes représentent parfois 10 % du nombre total des détenus. » D’après Sarkin, c’est le Burkina Faso qui a le plus faible pourcentage de femmes incarcérées (1 %) en Afrique tandis que le Mozambique compte la proportion la plus élevée (6 %).

Au cours des dix dernières années, des différents projets de réforme pénitentiaire ont été entrepris à travers le continent. Par exemple, la Déclaration de Kampala de 1996 sur les conditions de détention en Afrique a joué un rôle crucial dans ce domaine. « Un certain nombre de gouvernements africains ont modifié leur législation à la suite de la déclaration et cela a amélioré la situation dans différentes prisons à travers le continent. » L’auteur cite la Tunisie et la Libye comme de bons exemples : « Pour la première fois, ces deux pays permettent à des organisations militants pour les droits de l'Homme, comme Amnesty International, à pénétrer dans leurs prisons afin de surveiller la situation. C’est une grande amélioration car jusqu'à récemment, personne ne savait ce qui se passait derrière les portes de prisons de ces pays », commente Jeremy Sarkin.

L'Afrique du Sud a également accompli quelques améliorations concernant ses prisons, estime Deon van Zyl, juge inspecteur des prisons en Afrique du Sud. « Les conditions ont changé. Une nouvelle constitution et une nouvelle législation ont consolidé la notion de droits des prisonniers et ont permis d'améliorer les droits de l'Homme accordés aux prisonniers. »

Malgré ces quelques signes positifs, la situation dans les prisons de nombreux pays africains laisse encore à désirer. « Peu de gouvernements semblent être intéressés à investir dans les prisons. Cet élément, combiné à la pénurie de personnel et au fait que le personnel existant est souvent mal formé n’améliore pas vraiment la vie dans les prisons », commente Sarkin.

Les femmes plus sévèrement punies

Dans un certain nombre de pays, les femmes sont, par exemple, punies plus sévèrement que les hommes en cas d'adultère. Les femmes mariées en République démocratique du Congo (RDC) reconnues coupables d'adultère sont punies de six mois à un an de prison en plus d'une amende à payer. Les hommes congolais sont au contraire rarement punis pour adultère.

Les femmes marocaines qui ont conçu un enfant hors mariage peuvent être emprisonnées pendant un an à moins qu’elles puissent prouver qu'elles ont été violées.

Dans certaines prisons ougandaises, les femmes ne sont pas séparées des hommes pendant la journée mais seulement pendant la nuit… Dans la prison de Natitingou au Bénin, les femmes et les hommes utilisent les mêmes toilettes et les mêmes douches, rapporte l’ouvrage.

Par conséquent, les femmes africaines détenues dans diverses prisons sont victimes de violences physiques, psychologiques et d'abus sexuels provenant à la fois des autres détenus et aussi des gardiens de prison.

La surpopulation carcérale est un autre problème critique dans toute l'Afrique. Le taux d'occupation en Tanzanie, par exemple, semble être de 193 % alors qu’au Kenya - avec une capacité carcérale de 14.000 places pour une population de 50.000 – ce même taux d'occupation atteint pas moins de 357 %.

« De nombreuses infrastructures d’incarcération en Afrique ont été érigées au cours de la période coloniale et, bien que la population des détenus à travers le continent n’a fait qu’augmenter depuis lors, les prisons n'ont pas été soumises à une politique de rénovation ou de construction », explique Jeremy Sarkin.

(FIN/IPS/2008)

Crédit Photo : La Déclaration de Kampala de 2006 a apporté des améliorations limitées seulement pour les détenus comme ces hommes au Congo. (Hugo Rami / IRIN)